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Sangliers


                                                                                                                                   Photo : Photothèque FNC
L’explosion des populations

Dans l’Aisne, le développement exponentiel des populations de sangliers a conduit à une fine réflexion. Basée sur 18 ans de données et d’expérience, elle identifie les noyaux durs pour affiner la gestion de l’espèce

554 sangliers prélevés dans l'Aisne au cours de la saison 84/85, 6450 pour 02/03 soit 12 fois plus en 18 saisons de chasse !
Au cours de la même période, les dégâts occasionnés par l'espèce  n'étaient multipliés que par 1,5 : 371000 €  en 2003 alors qu'en 1984 la facture était de 1 775 050 F soit 271000 €.

Le sanglier le moins cher !

Cette nette amélioration du coût d'un sanglier prélevé (489 € en 84, 59 € en 2003) a été obtenue grâce à l'agrainage, à une estimation plus précise du niveau réel des dégâts  aux cultures et ainsi qu'aux efforts de protection des cultures par les clôtures électriques.

En terme de bilan purement comptable, la valeur " boursière " sanglier dans l'Aisne a très fortement progressée, mais l'heure où seuls les bilans financiers avaient de l'importance a sonné, il est devenu d'actualité de s'intéresser à l'éthique et à la gestion durable.

C'est dans cet esprit que le conseil d'administration s'est penché sur ce dossier en analysant, par le détail, la masse d'informations numériques et qualitatives collectées depuis la signature en 1995 du contrat agro-sylvo-cynégétique du sanglier qui a instauré le plan de chasse.

Grâce à de nombreuses données, des constats et des choix de gestion

Premier constat : les prélèvements qualitatifs ont très peu variés au cours des 7 dernières saisons de chasse. Il se tue tous les ans avec un écart interannuel qui varie au maximum de      4 %, 7 % d'animaux de plus de 100 kg, 49 % de 50 à 100 kg et 44 % de moins de 50 kg, c'est également à 1 % près tout les ans, la même chose pour le tir par sexe, et là ce sont les mâles qui enregistrent la plus forte pression avec des tirs qui représentent 56 % et les femelles 44 %, bien difficile d'expliquer, avec une telle stabilité du prélèvement qualitatif, la croissance numérique de la population.
Deuxième constat : si la tendance enregistrée ces 18 dernières années se maintient, en 2019 nous ne serons plus que 14000 chasseurs (contre 17500 actuellement) à financer les 430000 € de dégâts occasionnés par les 15500 sangliers que nous prélèverions !
Cette progression n'est pas compatible avec le maintien d'une activité cynégétique plurielle, où chaque chasseur doit y trouver son compte, qu'il soit modeste chasseur de pigeon, passionné de bécasse au chien d'arrêt  ou affûteur de brocards l'été.
Troisième constat :  cette progression  n'est pas conforme aux objectifs fixés d'un commun accord avec nos partenaires agriculteurs et forestiers qui fixe la barre à 4300 sangliers tués annuellement soit 2,9 aux 100 ha de bois et marais pour une facture de 252000 € soit 1 652 000 fr.
Quatrième constat : alors que les attributions des 8 dernières saisons, n'avaient pas pour vocation de limiter les prélèvements puisque le taux de réalisation moyen est de 62 %  le minimum de 49 %  et le meilleur, celui de la saison qui vient de se terminer 69 %, les populations ont fortement progressées et ceci également n'est pas conforme à l'objectif  recherché.

Depuis la saison 95/96, 22500 bracelets n'ont pas été réalisés et malgré ça les populations continuent d'augmenter, comment est ce possible ?
L'analyse de la répartition des attributions et des réalisations permet de bien comprendre le mécanisme qui nous a amené à cette situation.
Le département fait l'objet de 1700 demandes de plan de chasse grand gibier qui constituent une myriades de territoires de chasse plutôt de petite taille.
En effet ces 1700 demandeurs sont constitués de 971 territoires qui détiennent 1 à 2 bracelets de sanglier alors que ceux détenant plus de 20 bracelets ne sont que 81.
A contrario, le taux de réalisation des petits détenteurs n'est que de 34 % alors que celui des détenteurs les plus important est lui de 81 %.
Les 971 détenteurs de 1 ou 2 bracelets ont réalisé 7 % du tableau départemental, les territoires les plus riches en attributions ont quant à eux réalisés 49 % du tableau.
L'analyse est donc simple pour réduire les populations il faut prélever plus et mieux, principalement dans sur les territoires ou c'est nécessaire et possible.
Sur les 34 secteurs de plan de chasse qui découpent le département, 13 respectent le niveau de dégât acceptable, 21 sont au dessus des objectifs.
Parmi ces 21 secteurs, 16 sont en dépassement significatif. Dans ces 16 secteurs 44 territoires détiennent une attribution supérieure à 20 bracelets.

44 territoires conditionnent les populations

C'est donc sur ces 44 territoires dénommés " noyaux dur " qu'il faut concentrer tous les efforts de réduction des populations pour obtenir des résultats significatifs à moyen terme.
Afin de préparer au mieux les attributions de la campagne à venir, tous les territoires "  noyaux dur " ont fait l'objet d'une réunion de travail en présence des responsables de massif concernés.

L’objectif : 4300 sangliers et un maximum de 252 000 € de dégâts

La problématique a été exposée, en rassurant les intéressés sur les objectifs de la fédération qui ne  souhaite pas la disparition de l'espèce mais simplement respecter les engagements du contrat, soit un prélèvement annuel raisonnable de 4300 sangliers pour une facture maximum de 252000 € (Il est bon de se souvenir qu'en 98/99 il  se prélevait 3500 animaux dans l’Aisne).
La grande majorité des responsables de ces territoires après avoir entendu les explications techniques, a bien compris qu'il était indispensable de stopper localement cette inflation numérique.
C'est donc sans difficulté qu'ils ont tous accepté des augmentations importantes de leurs attributions et qu'ils se sont engagés à mener une opération d'agrainage en période de fermeture plus importante.

80 % de réalisation en ligne de mire

De son coté la fédération a proposée la mise en place d'une nouvelle mesure, incitant les détenteurs à réaliser au moins 80 % de leur quota sanglier ; elle consiste au remboursement des bracelets non utilisés à condition d'avoir réaliser au minimum 80 % de son attribution totale (les conditions de remboursement seront communiquées au détenteurs lors de la saison de chasse).
L'attribution en première commission de cette saison est maintenant connue avec précision, c'est 10300 bracelets qui sont délivrés contre 7800 l'année dernière à la même époque avec un total annuel de 9400.
Photo : Nicolas Voyard

Cette augmentation initiale, très ciblée, des attributions de 9 % dans les zones où les objectifs sont dépassés, devrait permettre à moyen terme d'inverser  la tendance enregistrée les années passées.
Ces décisions ont été prises en concertation avec les responsables de massif et les " noyaux durs ", elles font l'objet, d'un très large consensus, c'est plutôt de bon augure pour obtenir les résultats attendus !

Didier Guilminot

 

Un "noyaux dur", c’est quoi ?

Territoire bénéficiant d'une attribution supérieure à 20 bracelets, produisant plus de sanglier qu'il n'en prélève, exerçant une pression de chasse inférieure à la moyenne de ses voisins, pratiquant un agrainage permanent, en particulier pendant la période de fermeture et présentant en général le meilleur taux de réalisation du secteur.


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   Source : Chasses de Picardie N° 27                                                                                                                                Haut de page