|
 Ranunculus lingua (Grande Douve), espèce protégée au plan national
|
SYNTHESE :
L’étude menée sur le marais de Ponthoille à la demande de la Fédération des Chasseurs de Picardie a mis en évidence un intérêt écologique important des zones gérées pour la pratique de la chasse aux bécassines.
Les pratiques de gestion, même si certaines (broyage, non ramassage) ne sont pas réputées comme les plus favorables à l’expression de la biodiversité végétale, s’avèrent ici, pour le moment, largement compatibles avec le maintien d’une grande richesse phytocoenotique (groupements végétaux) et botanique (espèces patrimoniales).
On doit sur ce point souligner les efforts importants consentis par les chasseurs à la gestion et l’entretien des marais, le travail sur le marais de Ponthoille pouvant être estimé à plus de 6 semaines par an.
|
|
Cet effort technique, particulièrement difficile (nombreuses zones non portantes), lié à la pratique de la chasse, a pour corollaire le maintien d’habitats remarquables sur le plan végétal, dont certains sont inscrits à la Directive européenne pour la Protection des Habitats. De nombreuses espèces d’intérêt patrimonial (espèces rares, menacées, protégées dont la Grande Douve - Ranunculus lingua - protégée au niveau national) ont également été conservées grâce à cette gestion dont l’absence aurait abouti au développement des grands hélophytes (roseaux, etc.) puis de la saulaie.
L’entretien pour la pratique cynégétique (Bécassines) contribue donc à maintenir des milieux suffisamment ouverts favorables à la biodiversité floristique et végétale.
Ce maintien de la biodiversité tient aux conditions tourbeuses du sol mais aussi largement aux modes de gestion, en particulier la régulation des niveaux d’eau et la fauche elle-même. Celle-ci laisse, en effet, un milieu ouvert favorable à de nombreuses plantes hygrophiles et amphibies.
Il est capital cependant que les niveaux d’eau restent durablement élevés, situation largement éprouvée sur le marais de Ponthoille où la gestion hydraulique est optimale en de nombreux secteurs. Cette gestion à niveaux d’eau élevés est en grande partie responsable de la conservation des bas marais tourbeux et des plantes remarquables qui lui sont associées.
En l’absence d’une telle gestion, la minéralisation de la tourbe aboutirait à une transformation radicale des conditions trophiques, avec notamment un
développement des grands hélophytes diminuant la biodiversité floristique globale.
Dans un tel contexte d’habitats humides de grande qualité, la conservation de la plupart des plantes des milieux tourbeux ne peut se concevoir que si ces plantes ont pu fleurir voire fructifier avant la première fauche, ce qui plaide pour une première intervention vers début juillet (voire plus tard très localement).
Une telle fauche assez tardive est pratiquée à Ponthoille, la plupart des espèces patrimoniales ayant achevé, ou pratiquement, leur floraison au début de la fauche.
Avec une rotation locale (petits secteurs) permettant de conserver quelques plantes fleuries jusqu’au 15-20 juillet, le système serait totalement optimisé (rotation sur plusieurs années).
Quoi qu’il en soit, une fauche menée de début à fin juillet n’est pas incompatible avec la conservation de la majorité des espèces patrimoniales.
Ces constats actuels devront toutefois être étayés sur le long terme par un suivi minimum de placettes témoin permettant d’évaluer s’il existe ou pas une eutrophisation progressive du milieu liée au broyage non exportateur.
Cette eutrophisation pourrait se traduire par une dominance de certaines plantes compétitives (certaines Laîches, certaines graminées hygrophiles) dans les zones les moins inondées notamment.
Il faut insister sur le fait que les présentes analyses et conclusions ne paraissent pas pouvoir être extrapolées à toutes situations de « marais à bécassines », notamment en milieux plus minéraux pour ce qui concerne le gyrobroyage (pas de ramassage).
En revanche, la gestion hydraulique, le contrôle du développement des grands hélophytes (roseaux), la fauche en juillet sont autant de mesures extrapolables à pratiquement toutes situations en veillant à laisser des zones de repli (non fauchées annuellement) pour la faune paludicole.
Ces secteurs non entretenus annuellement devront cependant l’être sur des rotations de 3 à 5 ans.
Quelques réflexions seront sans doute à mener ultérieurement pour tenter d’optimiser encore certaines pratiques sachant que les matériels disponibles pour l’entretien de marais tourbeux (notamment le ramassage) sont peu nombreux et extrêmement coûteux.
Sur ce point, le brûlage rapide (superficiel) et la fauche répétée peuvent être
considérés comme des techniques satisfaisantes faute de ramassage.
A contrario, il faut absolument éviter tout retournement de sol (rotavator) qui détruirait irrémédiablement la plupart des habitats les plus intéressants.
Sur le plan faunistique, les quelques observations réalisées démontrent l’intérêt des phénomènes de lisières avec notamment la conservation de grands hélophytes (fossés, etc.). A ce titre les secteurs gérés en petites platières paraissent plus favorables à la diversité faunistique (notamment l’avifaune paludicole) que les grandes zones ouvertes gyrobroyées (mais intérêt plus grand pour le stationnement d’oiseaux d’eau « farouches » type vanneaux, courlis, oies, etc.…). Par ailleurs, l’évitement forcé (fondrières, sources) de certains secteurs laisse de bons secteurs à roseaux, favorables aux oiseaux paludicoles.
|
|