Chasses de Picardie. com
– Depuis quand et dans
quel contexte avez-vous instauré le plan de chasse sanglier dans l'Aisne ?
Fédération des chasseurs de l'Aisne – Il a été mis en place
progressivement depuis 1995 puis, compte tenu de sa pertinence, généralisé à
tout le département en 1999. Il s'agit d'un accord entre les agriculteurs, les
forestiers et les chasseurs, formalisé sous la forme d'un contrat
agro-sylvo-cynégétique du sanglier qui fixe des objectifs de dégâts et de
prélèvement aux 100 ha boisés ; ces objectifs sont arrêtés par massif et
révisable tous les trois ans. Dans chaque massif – le département en compte 33 –
des responsables sont élus par les demandeurs de plan de chasse. Ainsi près de
130 chasseurs ont en charge d’instruire les demandes de plan de chasse. Cette
démocratisation répond à une double préoccupation : fixé un niveau de
responsabilité au plus près de la réalité du terrain, et garantir la
transparence.
Chasses de Picardie. com –
Comment fonctionne votre système d'un point de vue pratique ?
Fédération des chasseurs de l'Aisne – Tous les ans, au printemps, un
comité de pilotage constitué d'agriculteurs, de forestiers, de la DDAF, des
responsables de massif et d' élus de la Fédération, assistés par le technicien
en charge des plans de chasse, analysent les niveau des dégâts et des
prélèvements par rapport aux objectifs, le temps et le pourcentage de
réalisation du plan de chasse afin de fixer le quota à attribuer sur chaque
secteur pour la saison. Le nombre d’animaux à prélever étant ainsi définie, les
plans de chasse individuels peuvent être examinés ; ils font l’objet d’une
proposition lors d’une réunion publique organisée dans chaque massif ; si la
proposition ne correspond pas à sa demande, le demandeur, dès ce niveau
d'instruction, à la possibilité de faire connaître son désaccord ; son dossier
sera alors examiné en commission au regard des éléments qu’il apporte et du
point de vue des responsables de massifs.
Le prix des bracelets est calculé en fonction du montant des dégâts par massifs,
sachant que le timbre grand gibier – acquitté par l’ensemble des chasseurs de
grand gibier – intervient comme une contribution de solidarité à hauteur de 50%
des dépenses. Ainsi, selon les secteurs le prix de bracelets se situe entre 15
et 60 e. Le principe de base est que trop de solidarité tue la solidarité, en
d’autres termes si le timbre grand gibier, ou tout autre système, supporte
l’intégralité de la dépense, ceux qui gèrent leurs populations de façon
responsable payent pour ceux qui font n’importe quoi.
Chasses de Picardie. com – A
combien s'élevaient les dégâts avant le plan de chasse et aujourd'hui ?
Fédération des chasseurs de l'Aisne – En 1995 : 3694 sangliers
prélevés et 325 645 € de dégâts; en 2001: 4920 sangliers prélevés et 304 342 €
de dégâts .... sachant que les chasseurs de l'Aisne assurent 100% de cette
dépense.
Chasses de Picardie. com –
Quelle a été la réaction des chasseurs lors de la mise en
place de cette politique?
Le dispositif a été adopté en assemblée générale avec 88% des suffrages. Il
a très vite compris par les responsables de territoire, moins rapidement par les
chasseurs dans leur ensemble qui toutefois, petit à petit, y ont vu – c’était
l’objet de la démarche – une façon logique, rationnelle, et équitable de gérer
le problème. Cela suppose beaucoup d’information et la mise en place des
responsables de massif, acteurs du contrat, a été décisive.
Chasses de Picardie. com –
Quelles ont été les difficultés rencontrées lors de la
mise en place du plan de chasse ?
Fédération des chasseurs de l'Aisne – Celle des conservateurs obtus
qui ne pas voulaient pas croire que le plan de chasse puisse permettre autre
chose que l' augmentation des densités. Celle des irresponsables qui y voyaient
la fin d’un système où ils pouvaient faire monter inconsidérément les
populations sans en subir personnellement les conséquences puisque c’était la
collectivité qui payait.
Chasses de Picardie. com –
Et si vous deviez refaire cette démarche ?
Fédération des chasseurs de l'Aisne – Nous le reprendrions à
l’identique puisqu’elle a atteint un objectif essentiel : une relation
parfaitement très claire avec les agriculteurs. Reste une question centrale : le
contrat agro-sylvo-cynégétique obéit exclusivement à des objectifs quantitatifs
; pour aller plus loin, de concert avec l’Association départementale des
chasseurs de grand gibier, nous étudions les dispositions qui permettraient de
lancer le pari du qualitatif c’est-à-dire le vieillissement des populations dans
le cadre, toujours fixé bien entendu, de l’équilibre avec le milieu.
Pour être tout à fait honnête nous n’avons pas éludé un point noir que nous
partageons avec tous les départements confrontés à des populations importantes
de sangliers : les dispositifs de protection. Ces centaines de kilomètres de
clôtures constituent un dénie de gestion, un constat d’échec. Maintenir des
animaux sauvages dans des limites électrifiées ne ressemble en rien à une
gestion écologique. Les chasseurs en sont bien d’accord et tous souhaitent que
ces frontières soient levées, mais alors il faut jouer le jeu c’est-à-dire
accepter des densités nettement moins élevées. Or les tableaux importants sont
devenus un droit acquis et la justification de prix de location élevés. Il y a
là toute une problématique extrêmement complexe où s’imbriquent des intérêts
multiples et pas toujours très sains.
Pour en sortir, il faut faire le choix de la qualité contre celui de la quantité
; les démagogues hurleront à l’élitisme. Pourtant, nous aurions bien tord de
refuser de voir la réalité en face : des territoires où il n’y a quasiment plus
que des populations de grand gibier, suralimentées en maïs et enfermées dans des
clôtures ne sont plus des territoires de chasse mais des élevages. La chasse
légitime est celle qui participe au maintien de la biodiversité, celle qui prend
en compte toutes les espèces – petit et grand gibier, espèces non chassables et
espèces protégées – et qui préserve le caractère sauvage des animaux. La
cynégétique ne saurait être spécifique, elle doit être transversale,
c'est-à-dire agir sur l'ensemble des espèces. Là, et là seulement, le plan de
chasse prend tout son sens et très humblement, nous n'en sommes pas encore là
dans l'Aisne. C'est toute l'ambition du schéma départemental que nous préparons
activement.