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Madame la ministre,
cette lettre n'aurait jamais dû devenir nécessaire.
La loi de juillet 2000 a instauré une épreuve pratique pour l'obtention du permis de chasser. Elle renforce réellement les garanties de sécurité et tous l'approuvent, surtout dans le monde cynégétique. Mais la réglementation ignore totalement le cas des personnes handicapées qui désirent elles aussi chasser.
On pouvait penser que ce n'était pas là une affaire d'état et qu'avec un doigt de bon sens et une once de bonne volonté les choses allaient s'arranger rapidement. Et bien, pas du tout!
Dès le début un certain nombre de Fédérations de chasseurs ont posé des questions. Etant en charge de l'organisation pratique des épreuves, et de la mise en place d'infrastructures coûteuses, il semblait naturel qu'on les informe d'éventuelles dispositions particulières. Il n'y eut que le silence pour réponse. Le directeur de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, M. Gérard Tendron, a lui-même tenté sa chance a plusieurs reprises. Silence radio pour lui aussi. Voilà un ministère, a-t-on pensé, fort discourtois. Visiblement, en l'absence de consignes, on faisait le gros dos dans les bureaux. Le gros dos et la sourde oreille. Dans des services marqués par l'idéologie anti-chasse on se disait peut-être que cela ferait toujours autant de chasseurs en moins. Dans tous les domaines de la vie sociale les handicapés avaient droit, au moins, à de généreux discours. En matière cynégétique, silence et dédain.
Ou en est-on maintenant? C'est simple. Si un paraplégique, par exemple, était assez sot pour se présenter au stage : "Descendez ce sentier, passez le ruisseau et franchissez la barrière. Vous ne pouvez pas? Pas de permis!". Soit en quelque sorte : "lève-toi et marche!" Et ceux qui ont eu leur permis sous "l'ancien régime" frémissent à l'idée qu'on pourrait bien leur reprendre. Cette inquiétude est l'une des raisons - je vous le garantis, Madame - pour lesquelles ils évitent de protester trop fort devant tant de cynisme.
Tout le monde sait pourtant bien qu'il y a mille façons de chasser, y compris les plus immobiles. Surtout lorsque l'on est inclus dans un groupe ou une société. La chasse n'est pas obligatoirement le parcours du combattant, et de toute
façon pas la guerre. La seule et unique question qui se pose à l'autorité publique est de savoir si tel chasseur handicapé est en mesure d'assurer un tir en toute sécurité sur une proie qu'il aura parfaitement identifiée.
Depuis des décennies la question est impeccablement réglée en matière de conduite automobile, à la satisfaction de tout le monde. Les handicapés parsèment-ils les routes de cadavres? Cela se saurait. Pourtant conduire est au moins aussi dangereux que chasser.
Les candidats handicapés ont été pris en otage par un ministère de l'environnement à l'idéologie parfois un peu crispée. Mais après tout on ne les a jamais traité autrement que les autres chasseurs; par le dédain.
Le Président de la République, Jacques Chirac, a beaucoup insisté sur la priorité qu'il entend donner à la résolution des problèmes des handicapés. Il en est certes, de bien plus graves que de savoir si l'on chassera ou non dimanche prochain. Mais je me permets d'attirer votre attention, Madame, sur le rôle d'intégrateur social que joue la chasse. De la place qui est la votre vous pouvez rapidement engager une concertation portant des fruits brève échéance. Dans le monde cynégétique on n'attend que cela. Et l'on attend aussi un signe tangible que l'ère du soupçon et du mépris est passée; que les chasseurs ont de nouveau un ministère de tutelle; c'est un si joli mot.
Je suis sûr, Madame la ministre, que vous aurez à cœur de régler ce problème qui n'aurait jamais du exister et je vous assure de mes sentiments respectueux..
Jean Maffioletti. |