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Le bilan de la régulation du blaireau
dans l’Aisne


Un arrêté dérogatoire permettait la régulation du blaireau dans l’Aisne sous l’autorité des lieutenants de Louveterie. Bilan de cette mesure qui confirme l’abondance des populations.

L'année 1988 constitue un virage décisif dans l'évolution numérique des populations de blaireaux en France avec notamment son retrait de la liste des animaux susceptibles d'être classés nuisibles, le démarrage des campagnes de vaccination antirabique qui endigueront la rage et l'interdiction du gazage.
 Ces nouvelles dispositions vont permettre une évolution démographique anarchique des populations de blaireaux, créant ainsi des déséquilibres écologiques et des atteintes graves aux activités agricoles.

Des enquêtes prouvent l’abondance

Consciente de cette situation, la Fédération des chasseurs de l'Aisne entreprend en  1999 une enquête, qui sera conduite deux années successives, visant à mettre en évidence l'importance de la population axonaise de ce mustélidé.
Cette étude permet une estimation sur 60% des communes du département avec un effectif minimum de 5012 individus.
Ces données, transmises par l'administration départementale au Ministère de l'environnement, permirent l'obtention le 22 avril 2002, d'un arrêté dérogatoire autorisant la régulation des populations de blaireaux jusqu'au 31 décembre 2002 à prescrire dans le cadre de battues administratives, avec le recours au tir de nuit à l'affût et à l'utilisation du collet à arrêtoir.

Un arrêté permet la régulation sous l’autorité des lieutenants de louveterie

Le 18 juin 2002, le Préfet de l'Aisne prend un arrêté d'application autorisant les lieutenants de louveterie à organiser, commander et diriger les opérations de régulation.
Dès la parution de l'arrêté préfectoral, la Chambre d'agriculture et la Fédération des chasseurs de l'Aisne adressent, à tous les lieutenants de louveterie, un courrier les sensibilisant sur la nécessité d'organiser et de déléguer cette régulation sur leur secteur respectif de compétence.
Afin de permettre une large mobilisation des piégeurs, la Fédération des chasseurs de l'Aisne apporte une aide administrative aux lieutenants de louveterie en organisant des réunions locales d'information, en établissant les carnets de prélèvements et les déclarations communales de régulation.

La Fédération délivre des collets gratuits

Elle délivre également, à titre gracieux, 1110 collets à arrêtoir.
8 lieutenants de louveterie sur les 9 nommés dans le département ont procédé à la délégation du droit de procéder à la régulation des blaireaux à l'aide du collet à arrêtoir.

Le nombre de personnes mobilisées pour cette opération et par secteur de louveterie dépend :

de la  taille du secteur de compétence des lieutenants de louveterie ;
de la volonté des lieutenants de louveterie à déléguer cette régulation ;
du nombre de piégeurs volontaires exerçant.

1124 blaireaux prélevés par 92 piégeurs

Durant la période dérogatoire, les 92 piégeurs ont prélevé un total de 1124 blaireaux dont 464 mâles adultes, 138 mâles juvéniles, 383 femelles adultes, 131 femelles juvéniles et 8 individus non déterminés. Cette analyse a été réalisée à partir des carnets de prélèvements.
Le sexe ratio des animaux adultes est de 1,2 mâles pour une femelle et pour les juvéniles de 1,05 mâles pour une femelle.
Les prélèvements de blaireaux adultes représentent 75,9% du total des prises.
La régulation du blaireau a concerné 176 communes.
L'arrondissement de Saint-Quentin n'a pas bénéficié de cette mesure dérogatoire car il n'y a pas eu de délégation de la part du lieutenant de   louveterie, Monsieur  Fouquier d'Herouel affecté sur ce secteur.
L'analyse des données consignées dans les carnets de prélèvement confirme le sentiment de la présence d'une population importante de blaireaux dans le département.
Durant cette campagne de régulation, 2389 collets ont été installés. La moyenne du nombre de
collets à installer pour prendre un blaireau est de 2,07.
Sur les 176 communes concernées, 118 ont une moyenne égale, voire inférieure à 2 collets posés pour une capture.

Très peu de jeunes !

Autre fait qui pourrait confirmer l'état de la population, c'est le faible nombre de jeunes par rapport aux adultes capturés.
Chez un certain nombre d'espèces, on note une baisse de la reproduction lorsque les populations ont atteint ou dépassé la capacité d'accueil du milieu.
Sachant que la maturité sexuelle des femelles est atteinte à l'âge de 12 à 15 mois, que seules 80% des femelles participent à la reproduction, que le nombre de jeunes par portée varie de 2 à 7 et que le taux de mortalité des jeunes est de 50 à 60%, la proportion de jeunes, avec un indice de reproduction de 3 devrait être de 30%.
Avec une moyenne de 2 jeunes par portée, on obtient 23%.
Ainsi sur les 8 secteurs de compétence des lieutenants de louveterie, 6 ont une proportion de jeunes inférieure à 30% dont 3 ont une proportion inférieure ou égale à 23%.
La mise en place du dispositif de régulation a nécessité un mois d'organisation.
Tous les indicateurs affirment une abondance sous-estimée
L'opération n'a réellement débuté qu'à compter de la mi-juillet. La majorité des piégeurs a suspendu le colletage du blaireau dès l'ouverture générale de la chasse.
L'étude de la répartition mensuelle des prises démontre que 70% des blaireaux ont été capturés sur seulement deux mois de piégeage (août et septembre). Hormis la relative efficacité du collet à arrêtoir, cette donnée met encore en évidence l'importance de la population axonaise.
La localisation communale des prises démontre que 589 blaireaux ont été capturés sur 96 communes        non inventoriées ou déclarées sans présence de blaireaux lors de l'enquête conduite par la Fédération des chasseurs de l'Aisne en 1999 et 2000.
 Il est important de noter que 252 communes, où la présence du blaireau avait été confirmée, n'ont pas fait l'objet d'un piégeage durant la période dérogatoire. L'effectif de 5012 individus révélé par l'enquête est le résultat d'une sous estimation importante de la population réelle vivant dans le département.

 

 De toute évidence,  une opération à reconduire

Au vu de ces résultats, la reconduction de cette mesure dérogatoire se justifie pleinement.
En effet, il ressort une forte nécessité de faire pratiquer une régulation efficace du blaireau sur des secteurs non pièges en 2002 et jugés à forte densité.
Par ailleurs, une nouvelle campagne de régulation permettra de constituer une base de données départementales permettant de connaître l'évolution des populations et parfaire ainsi nos connaissance vis-à-vis de cette espèce.
A terme, ces données pourront permettre de proposer une mesure réglementaire permettant une gestion raisonnée des populations dans le respect des  équilibres agro-sylvo-cynégétiques.

Source : Chasses de Picardie N°26                                                                                                                                         Haut de page